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Ainsi donc, le Monsieur a une peur bleue des engins ailés. Le moindre bruit suspect l’inquiète. Le plus petit soubresaut l’affole. Il est pourtant le premier à saluer l’initiative de ses dirigeants, prompts à affréter des vols privés pour la phase de poule de Ligue des Champions afin de prévenir la fatigue. Le résultat est éloquent. 5 matches, 5 victoires et l’assurance, comme les deux années précédentes, d’une première place avant même le baisser de rideau face à Zagreb. Si la France dispose aujourd’hui de 2 tickets automatiques pour la prestigieuse épreuve, elle le doit presque exclusivement au parcours du MHB depuis 7 ans. |
Un MHB qui semble décidé à laver l’affront de la saison passée quand Szeged était venu doucher l’enthousiasme du tenant du titre en le privant de quart… Pour Laurent Puigségur, huit fois champion de France, un record, champion du monde et champion d’Europe, la mission demeure à la portée de la joyeuse bande…
On se souvient de vous avoir trouvé un tantinet inquiet, en début de saison, quant au potentiel de votre équipe. Vous voilà sans doute rassuré après ces 11 victoires d’affilée, toutes compétitions confondues ?
- Je n’étais pas inquiet mais c’est vrai, je me posais des questions. Je me demandais surtout si nos jeunes allaient comprendre qu’ils n’étaient plus vraiment jeunes, mais qu’ils étaient, au contraire, des joueurs majeurs sur lesquels nous allions sans cesse nous appuyer. En deux mois, ils m’ont complètement satisfait.
On sent d’ailleurs, aujourd’hui, un vrai équilibre dans cette équipe, avec des responsabilités parfaitement partagées ?
- Les rôles ont été distribués, chacun a accepté le sien. Maintenant, il faut dire aussi que nous n’avons pas changé grand-chose par rapport à la saison passée et que notre fond de jeu est bien en place. Un fond de jeu qui privilégie le collectif.
C’est d’ailleurs collectivement que vous avez survolé cette première phase de Ligue des Champions.
- Collectivement et avec le travail. Il ne faut pas se leurrer. Les gens croient que ce qui nous arrive est normal, que ça se fait comme ça, alors que c’est le fruit de beaucoup de travail, un travail quotidien, de tous les instants.
Vous voilà en tout cas parmi les équipes qui comptent en Europe.
- Nous avions vraiment à cœur de pérenniser nos résultats. S’installer parmi le gotha, disputer des grands rendez-vous, voilà ce qui nous fait avancer à Montpellier.
Szeged avait quand même freiné votre progression l’an passé…
- Chacun a une part de responsabilité dans cet échec. Nous, les joueurs, et le staff également. On a fait des erreurs qu’il ne faudra surtout pas répéter. Une fois, ce n’est finalement pas très grave. Recommencer, là oui, ce serait grave.
Vous êtes assurés de la première place, on connaît certains deuxièmes, avez-vous une préférence ?
- Ma préférence, c’est que l’on soit capable de montrer notre meilleur visage. L’an dernier, on s’était sans doute mis dans la tête que Szeged, avec le retour à domicile, serait un obstacle facile. Et puis… Les gars, en tout cas, n’ont pas peur de grand monde. Ça peut être un gros avantage si c’est bien canalisé. Maintenant, notre objectif, c’est d’arriver au moins en quarts de finale. Pas d’être en huitième.
Qu’est ce qui vous excite dans cette Ligue des Champions ?
- Tout. C’est la plus belle compétition de club. J’aime jouer ces matches-là. J’aime les ambiances, la confrontation avec des gars qui ont un gros passé. J’aime quand l’équipe a peur à l’extérieur et qu’elle se soude pour combattre. J’aime quand tu peux pénétrer l’âme de tes coéquipiers dans des situations extrêmes.
Après l’avoir gagnée une fois, le plaisir est sans doute moins intense.
- Au contraire. Ce qui nous intéresse à Montpellier, c’est d’être devant les autres, de brandir des boucliers, des trophées. Ce n’est pas forcément les victoires, on est même capables de faire la gueule après une victoire. Non, c’est juste le bonheur d’enchaîner les trophées, d’en soulever un immédiatement après le précédent.
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La fameuse culture…
- Je ne sais pas ce que ça veut dire la culture. On est orgueilleux, ça oui. On est des combattants. Moi, je me verrais bien Irlandais. Le fighting spirit, ça c’est un truc qui me botte. Se transcender pour quelque chose, ensemble. Attention, il faut bien sûr des joueurs intelligents pour réussir. Pas une intelligence pure, une intelligence tactique, émotionnelle.
Le pouvoir ne finit-il pas par user ?
- Non, car on ne fait que défendre nos valeurs profondes. On ne fait pas d’effort pour cela, c’est naturel. Ce qui me parait dur, en revanche, c’est de voir la nouvelle génération avec autant de qualité, et un investissement pas toujours à la hauteur. Alors nous, les anciens, on essaie de leur inculquer ce qu’on ressent, on jongle, on les pousse.
Le message passe-t-il ?
- Parfois, oui. Je comprends aussi qu’avec des qualités innées, on ait moins envie de se surpasser. Mais c’est tellement dommage. Je ne parle pas des jeunes de chez nous qui ont du cœur, qui travaillent. Je parle en général. J’en vois certains qui me font rager.
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Vous qui êtes, avec Greg Anquetil et Andrej Golic l’un des anciens du bateau héraultais, comment jugez-vous le parcours montpelliérain de ces dix dernières années ?
- Nous avons connu une période hyper charnière après le premier titre de 1995. On a voulu des joueurs «galactiques» et on s’est planté. Au bout du compte, notre progression a été freinée par des soucis financiers et il a fallu dégraisser. On nous a proposé de diminuer nos salaires. La plupart des gars a accepté. A partir de là, notre état d’esprit s’est façonné et nous avons tendu vers la performance. On a mis un ou deux ans pour reconstruire et tout s’est enchaîné.
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Quel meilleur souvenir garderez-vous de cette campagne européenne ?
- D’abord le match à Zaporozhye. On l’a joué comme on devait, comme on voulait. C’est génial de constater que le plan a été respecté à la lettre, qu’il a parfaitement fonctionné.
Maintenant, le plus dur commence…
- Le plus beau. Les 16 meilleures équipes d’Europe. Moi, je suis un peu nostalgique de l’époque où il n’y avait qu’un représentant par pays. Mais ça reste évidemment captivant de se frotter à toutes ces grosses machines.
Que pensez-vous des parcours de Créteil et des clubs espagnols qui abritent des joueurs français ?
- Créteil se trouvait dans une situation délicate avec un nouvel entraîneur pour succéder à Thierry Anti qui était là depuis des années. Maintenant, je reste convaincu qu’ils auront vécu une grande expérience et que ce genre d’épreuve permet d’avancer, de mieux comprendre les choses. Quant aux 3 Français, ils sont tous qualifiés, c’est bien. Barcelone me semble quand même moins fort qu’avant. Masip leur manque et je trouve le recrutement un peu aléatoire. Ciudad Real reste une bonne équipe, avec la difficulté de gérer les grosses personnalités qui la composent. Enfin, paradoxalement, Pampelune me paraît un peu en dessous. Balic, Lubej et d’autres seront-ils capables de gérer une saison avec les JO, la Ligue des Champions, le Mondial, le Championnat … ? S’ils y parviennent, c’est qu’ils sont encore plus grands que je ne l’imagine.
Un mot sur l’équipe de France à Athènes ?
- Je n’ai toujours pas compris pourquoi nous avions perdu face aux Russes. Je pense pourtant, contrairement à ce que j’ai entendu, que nous avions la maturité pour gagner un tel match. Il ne faut pas se voiler la face. Nous avons le potentiel, l’expérience, les meilleurs joueurs. Mais on ne gagne pas parce que l’on a les meilleurs joueurs du monde. Sinon, en 2001, nous n’aurions pas remporté le titre. En revanche, nous avions trouvé l’équilibre entre les différents facteurs qui font la performance. Une compétitions ne se gère pas qu’au travers des matches. Le match n’est que l’aboutissement de ce qu’il y a tout autour. Et peut-être qu’autour, il a manqué du caractère.» |
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