CARNET DE ROUTE (2)
24 heures de douce folie

 
Parti avec les bleus sans aucune assurance de disputer le moindre match de ce Championnat du Monde, Franck Junillon a accepté de nous faire partager la vie des bleus à travers son journal quotidien. Avec sa gentillesse habituelle, le seizième homme raconte… ce jour si particulier durant lequel la France est passée par tous les états.

 

Jeudi 3 février

9h00 : Réveil d’une nuit pleine de rêves et de tellement de cauchemars.

10h00 : Comme d’habitude, on a droit à une demi-heure de vidéo, la deuxième mi-temps de Slovénie – Russie. Il n’y a pas un bruit dans la salle, nous sommes tous tellement anxieux. Ce serait trop bête de repartir sans passer le week-end en Tunisie.


© Sportissimo - Stéphane Pillaud

Pour débuter la journée, séance vidéo

 

12h00 : Entraînement à la salle Grombalia, surtout pour se réveiller. Il fait froid, même les chambreurs habituels parlent peu.

13h15 : Repas puis sieste même si on a du mal à trouver le sommeil. De mon côté, je continue à me maintenir en forme … au cas où.

16h00 : Le match approche. C’est l’heure de la collation au bar de l’hôtel ; au même moment les Grecs débutent leur rencontre face aux Tchèques. C’est plus fort que nous, on regarde tous la télé.

© Sportissimo - Stéphane Pillaud

Collation au bar de l’hôtel

 

16h45 : Nous sommes obligés d’abandonner Juricek, Nocar et les autres pour une deuxième séance vidéo. Claude et Sylvain décortiquent le rôle de Zorman dans les montées de balle rapides. Que font les Grecs au même moment ?

17h25 : Ils perdent quand nous retournons dans nos chambres. Le doute revient quand ils passent un 6-0 aux Tchèques. Au moment où l’arbitre siffle la fin de la rencontre, Greg (Anquetil) sort comme un fou dans le couloir en criant : « A la guerre ! A la guerre ! ». C’est un instant un peu surnaturel, tout redevient possible. Titi (Omeyer) et Doudou (Karaboué) avaient discuté, hier, avec David Juricek notre coéquipier au Montpellier Handball. Il ne voulait pas partir après deux échecs dans le tour principal. Ils ont tout fait pour l’emporter. C’est des gars fiers.

© Sportissimo - Stéphane Pillaud

David Juricek en pleine discussion
avec Doudou et Titi

 

17h50 : Réunion entre joueurs un peu avant de monter dans le bus. Jack nous rappelle que la victoire sera au rendez-vous si on conserve notre état d’esprit. On n’a pas le droit de lâcher maintenant. Olivier (Girault) prend la parole. En fait, tout le monde a son mot à dire mais dans le calme, posément. Le groupe est concentré.

18h00 : Départ pour 40 minutes de bus. Il n’y avait déjà pas beaucoup de bruit les jours précédents ; là, le silence est lunaire. Pas un mot.

20h00 : Je m’installe avec Gino (Guillaume Gille) dans les tribunes, à ma place habituelle, juste derrière le banc français. La tension est palpable. S’ils gagnent, les Slovènes iront en demi-finale. C’est un match à la vie à la mort. Comme les trois précédents.

 

20h15 : Coup d’envoi

20h28- Titi (Omeyer) a déjà cinq arrêts au compteur, le score reste serré (4-2).

20h35 : Les Slovènes ont toujours un jeu très technique. Ils sont sur un faux rythme. On n’arrive pas à les décrocher (7-5).

20h42 : On lâche des ballons par précipitation. On est tous très crispés. Ce soir le ballon pèse très lourd. Greg (Anquetil) demande un peu plus de calme.

20h55 : Retour au vestiaire. Je commence à ne plus avoir beaucoup d’ongles. Plus on avance, plus les matchs sont durs à vivre, mais là on est au top de l’angoisse. Heureusement, Titi (Omeyer) est impérial dans ses buts. Au retour sur le parquet Titi secoue un peu Niko (Karabatic), à nous de faire le boulot.

 

© Sportissimo - Stéphane Pillaud

Omeyer a su encore une fois s’imposer, ici face aux Slovènes

21h25 : On a l’occasion de passer à +4. Beno Lapajne a remplacé Skof dans les buts, et il n’est pas très en forme (15-12).

21h34 : Les Slovènes ne laissent traîner aucun ballon. L’entrée de Natek les remet d’aplomb (18-17). C’est l’enfer ! Le dernier quart d’heure approche, je ne nous vois pas ne pas passer. Avoir fait tout ça pour ne pas être en demi-finale, ce serait trop bête.

21h46 : On défend bien mais on n’arrive pas à les décrocher. Greg regarde le tableau d’affichage : 20-19. Jack (Richardson) est sur le banc pour souffler un peu. Il parle tout seul. Il a tellement envie de nous emmener jusqu’en finale.

21h49 : Jack (Richardson) gratte un ballon, Micka (Guigou) nous redonne de l’air (22-19). Claude (Onesta) leur demande de passer en 6-0.

21h52 : Natek continue de nous faire des misères. On revient à une 5-1. La tension est à son comble. Olivier (Girault) et Greg (Anquetil) échouent sur les ailes. C’est pas très bon (22-21).

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Jack a tellement envie de cette finale

21h57 : Autour de Didier (Dinart), la défense a quelques difficultés. Sylvain (Nouet) parle à Niko (Karabatic) sur le banc. Ne rien lâcher surtout.

21h58 : Fernand (Jérôme Fernandez) se rate en attaque. Les arbitres suédois sifflent un passage en force. Un ballon de perdu. Ensuite Dinart prend 2 minutes, on est dans nos petits souliers (25-24).

22h00 : Il reste 3 minutes et 48 secondes à jouer. Jack choisit ses joueurs : Micka (Guigou), Niko (Karabatic) et Joël (Abati). Les Slovènes semblent moins nerveux que nous. Joël tente un tir à la hanche… raté. Titi (Omeyer) nous sort encore un arrêt d’un autre monde mais Jack (Richardson) était en zone (25-25).

 

© Sportissimo - Stéphane Pillaud

Nikola Karabatic remonté en attaque

22h01 : On est en pleine précipitation, même Jack (Richardson) s’y met. Il tire à côté.

22h02 : Plus qu’une minute de jeu. Joël (Abati) nous remet en tête (26-25).

22h03 : Didier (Dinart) est énorme en défense. Greg (Anquetil) n’a pas oublié son cours de grec. Il prend un rouge mais il bloque les Slovènes.

22h04 : Zorman égalise. On est toujours qualifié. Garder la balle à tout prix. Dans les tribunes la femme de Fernand (Jérôme Fernandez) joint les mains, plus que quinze secondes.

 

© Sportissimo - Stéphane Pillaud

Joël Abati a permis aux Bleus de recoller au score

22h05 : Sur l’engagement, Micka (Guigou) garde la balle. Ca sonne. Ca y est, on est en demi. Claude (Onesta) peut souffler. Je n’ai plus d’ongle du tout.

22h06 : Je rejoins les joueurs au centre du parquet. « Maintenant il faut aller au bout ! » dit Jack (Richardson). On va saluer les supporters dans les tribunes.

22h08 : Le président Amiel et l’ambassadeur de France viennent nous féliciter au vestiaire. On a le sourire mais au fond c’est surtout un immense soulagement.

 

© Sportissimo - Stéphane Pillaud

Les joueurs saluent leurs fervents supporters

23h45 : De retour à l’hôtel, le surréalisme est toujours de mise. Au bar, on trouve les Tchèques … et les Grecs. On avait promis une tournée générale à nos sauveurs. Alors chacun a offert une coupe de champagne ou une bière. Derrière les Grecs font la gueule. Tu m’étonnes. Depuis quelques jours, ils nous prenaient de haut (nous sommes dans le même hôtel). Lunettes noires, air hautain, ils nous la jouaient à l’italienne.

00h30 : Physiquement, ça va. Psychologiquement, une bonne nuit de sommeil ne nous fera pas de mal. Tout le monde s’écroule de fatigue.

 

 

Vendredi 4 février

 

09h30 : Réveil

10h30 : On retourne (comme mercredi) boire un thé à la menthe dans la médina. On a sympathisé avec Sidi Bouhdid. Il nous avait invités à revenir en cas de qualification. Enfin un moment de détente. Chacun a droit à un porte-clef à l’enseigne de son café. Mais attention, c’est un porte-clef porte-bonheur.
Il nous propose ensuite de goûter au narguilé. On teste un tabac à la pomme, même Joël (Abati) et Cédric (Burdet) tentent l’expérience.

12h00 : Autre moment de détente dans la piscine de l’hôtel.

13h00 : Repas

 

© Sportissimo - Stéphane Pillaud

Le staff soulagé …