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L’Entretien du Lundi – Maurice Mandin : « Je n’ai jamais aimé rester dans ma bulle »

Il est un enseignant, un éducateur, un entraîneur, mais d’abord un humaniste, un homme exquis dont le souci incessant fut d’utiliser son vécu afin de construire une pédagogie qui donnait sa place au développement de la personne.

Maurice Mandin a 87 ans aujourd’hui. Responsable de la formation des cadres à la Fédération jusqu’à son départ à la retraite, en 1986, il est toujours président d’honneur du Comité du Gard, auteur de « Mon Testam’Hand », aux éditions Plumerolles, ouvrage au travers duquel il évoque son parcours mais surtout sa méthode. Au cœur de la Provence, à Saint-Paulet-de-Caisson, il garde un œil attentif sur une discipline qui lui doit beaucoup. Père de tous les cadres d’aujourd’hui, y compris les plus éminents, il a donné le socle éducatif sur lequel le handball est confortablement assis. Grâce à lui, le handball s’est offert le rêve d’être meilleur…

 

-"Maurice, parlez-nous d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître…
C’était un temps pas si différent. J’ai l’impression, bien sûr, qu’il y avait des difficultés, mais tout le monde, finalement, était logé à la même enseigne et il n’y avait pas d’inquiétudes. C’était d’abord le temps de la découverte. J’ai toujours été curieux. Chaque fois que je le pouvais, je partais à l’étranger voir comment les autres s’y prenaient. Sept à huit fois, j’ai participé à l’école yougoslave. J’étais au bord de la mer, sous la tente, les joies du camping. J’allais écouter les entraîneurs. Ça m’a fait un bien énorme de rencontrer Sead Hasanefendic qui parlait français et qui m’a aidé à échanger. Ensuite, j’ai fait un peu de propagande pour que mes collègues prennent contact à leur tour. En Roumanie, en URSS, lorsque nous étions en stage, je quittais le groupe pour aller assister aux séances d’entraînement des techniciens locaux. Je n’ai jamais aimé rester dans ma bulle. J’étais non handballeur, j’avais un complexe d’infériorité et je faisais plus d’efforts pour y arriver.


C’est ce temps-là que vous évoquez dans votre «Testam’Hand», ouvrage qui définit les principes qui vous guidaient du temps où vous étiez formateur ?
Non, pas tellement. Ce que j’évoque, c’est ce qui correspondant à mes réactions personnelles par rapport aux problèmes que j’ai eu à résoudre. On m’a traité de non académique et j’entends la remarque. J’ai cherché à résumer ma pensée profonde, les principes qui m’habitent. J’ai surtout essayé de comprendre pourquoi ils m’habitent. J’ai vu des enseignants qui avaient des qualités d’animateur extraordinaires. Leur façon de faire, parfois, m’a secoué un petit peu. A mon tour, j’ai laissé beaucoup d’initiatives aux gens, de libertés, même si j’encourageais l’esprit critique.


C’est la fameuse maxime : «un ourson demande à sa mère : Quelle patte faut-il poser la première pour marcher ? Et sa mère de lui répondre : marche et tu verras… »
Je l’aime bien celle-là. Elle était en couverture de la première édition, elle n’y sera pas sur la seconde. J’aime cette façon de dire : osez quelque chose et vous verrez ce que ça donne. Le fait de prendre une initiative et d’avoir un esprit critique par rapport à cette initiative fait que sa personnalité se renforce. Se réaliser soi-même est un objectif fondamental. Pelé, Zidane, Jackson (Richardson) sont de grands champions, tout le monde en convient. Pelé s’est façonné sur les plages du Brésil, Zidane dans les quartiers de Marseille, et lorsque j’ai eu la chance de rencontrer Gaston, le père de Jackson, j’ai bien compris combien son chemin vers l’excellence avait été le fruit d’hésitations. Vivre intensément sa vie, sa pratique sportive apporte fatalement quelque chose dans  la formation de la personnalité.


Pourquoi avoir écrit ce livre à une époque où l’accent est d’abord mis sur les biographies de stars et autres ouvrages copieusement illustrés d’images ?
Je le dis dans le livre, les copains de la Fédération me l’ont demandé avec insistance. Ils voulaient savoir ce qui me poussait à être ce que je suis. Avant de disparaître, il fallait que je tienne ma promesse.


Vous intéressez-vous au handball d’aujourd’hui ? A-t-on une chance de vous croiser encore du côté du Parnasse, à Nîmes ? Peut-être à Montpellier ?
Bien sûr, je suis souvent au Parnasse. J’y étais encore la semaine dernière. Jean Nita, l’ancien sélectionneur, habite à 15 km de chez moi et nous faisons route ensemble. Je vais voir les filles aussi. Montpellier, c’est plus loin, moins pratique. Et puis j’ai 87 ans...


Que vous inspire la réussite de l’équipe de France pendant ce septennat exceptionnel, les nouvelles orientations du PSG ?
Je dois avouer que l’aspect un peu commercial n’est pas dans mes gênes. J’ai vécu un handball plus social, socialisant, créant une culture du groupe et ça, ça m’est resté. Je trouvais un plaisir énorme avec l’esprit de club, ces équipes formées de joueurs du cru. Le voir se construire d’une façon plus rationnelle me met moins à l’aise. Mais c’est normal que les choses évoluent, hein ?



Alors que tout est filmé, aujourd’hui, décrypté sur les réseaux sociaux, le handball d’avant conserve, lui, sa part de mystères. Racontez-nous ce handball d’avant, ses épisodes émouvants ou tragiques, ce quotidien qui fut le vôtre pendant de nombreuses années…
Quand je suis arrivé au Bataillon de Joinville, mon prédécesseur s’était engagé à honorer une invitation émanant de Gummersbach. On est parti en Allemagne, on a pris une déculottée énorme. Au retour, j’ai réuni les gars pour leur dire : cette différence, il faut qu’on l’amenuise. Je vais vous demander un travail énorme. Certains ne seront pas prêts à faire tous les sacrifices. Ceux qui ne s’en sentiront pas capables, on tâchera de les envoyer dans un corps de troupes moins dur. Mais les autres devront répondre à l’exigence. Le jour où ils devaient donner leur réponse, ils sont tous restés. C’est peut-être le point de départ d’une sorte de changement d’état d’esprit. J’ai d’ailleurs entendu, parfois, que Mandin avait contribué au goût de l’effort...


Des rencontres vous ont-elles marqué ?
Toutes, vous le comprenez. Celles, notamment, issues de mes voyages dans tous les pays de l’Est. Si je devais n’en citer qu’une, ce serait celle avec Nicolas Nedef en Roumanie. Il parlait français et avait une vision du handball qui me plaisait beaucoup. Je l’imaginais rigide, comme ses confrères de l’Est, alors qu’il laissait beaucoup de libertés à ses adjoints. Je l’ai même entendu leur demander d’être parfois moins durs avec les joueurs. Laissez-les souffler, laissez-leur l’initiative, disait-il…


Où aimeriez-vous retourner aujourd’hui si vous en aviez l’occasion ?
Un peu partout, dans tous ces coins-là. J’ai aimé aussi les stages en Afrique où j’ai trouvé une écoute toute particulière de la part des joueurs. Je suis allé au Sénégal, en Mauritanie, au Maroc, en Algérie, en Tunisie aussi. En Mauritanie, j’ai été marqué par ces enfants qui venaient faire la séance à Nouakchott avant de regagner leur abri de fortune. Ils vivaient dans des conditions épouvantables, mais ils remplissaient les fiches que je leur avais transmises à la lumière de la bougie avec attention et une grande application. Dans leurs yeux, je lisais une formidable envie d’apprendre.



Des joueurs comme Nikola Karabatic, Thierry Omeyer, Michaël Guigou, que vous aimez beaucoup, Daniel Narcisse ou Luc Abalo figurent parmi les meilleurs du monde. Quels sont ceux que vous avez eus à encadrer et qui avaient aussi de solides prédispositions ?
J’ai eu Volle ou Gardent, j’ai eu beaucoup de joueurs que vous avez découverts sous l’ère des Barjots. Tous m’ont marqué. Philippe Médard, Michel Cicut, Dominique Deschamps, Eric Cailleaux, Bernard Gaffet. Les frères Derot, bien sûr, qui sont de Pont-Saint-Esprit. Et j’en oublie sans doute. Ma mémoire n’est plus celle qui me permettait de vivre mes vingt ans…


Vous étiez un spectateur attentif du Mondial 1970 en France. Serez-vous tout aussi captivé par celui de 2017 ?
Je m’intéresse toujours, bien sûr, mais je suis plus sédentaire. Je me contenterai sans doute de la télévision.


Quel est aujourd’hui votre quotidien à Saint-Paulet-de-Caisson ?
Je possède une ruine que je remonte. Je bricole, c’est une forme de sport dont on voit le produit, et ça me stimule. Je fais aussi la cuisine, je reçois les amis. Côté handball, je suis membre du Comité du Gard et président d’honneur. L’an dernier, j’ai reçu à Saint-Paulet toute la direction technique nationale. Qui m’a ensuite invité à un colloque à Paris. Je ne m’ennuie pas à vrai dire. Et puis j’ai écrit ce livre. C’était une autre forme d’occupation…"

Pour commander «Mon Testam’Hand» :  EDITIONS PLUMEROLLES – M. MAZARS – 18 rue VIOGNIER – 30130 ST PAULET DE CAISSON

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