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L'Entretien du lundi - François Garcia : «Je vois des yeux qui brillent»

Président de la Commission Centrale d’Arbitrage à la Fédération, ancien arbitre international qui formait, avec Jean-Pierre Moréno, l’un des meilleurs binômes au monde, notamment désigné pour la finale féminine des Jeux à Sydney, François Garcia profite des 11e journées de l’arbitrage pour faire le point sur la situation de la fonction en France.

Et revient sur cette superbe initiative proposée par La Poste, en partenariat avec les Fédérations de basket, football et rugby, dont l’objectif est de sensibiliser les acteurs et le grand public à l’importance du rôle de l’arbitre.

- "Les 11e journées de l’arbitrage se sont ouvertes le 17 octobre dernier. Que peut-on retenir, d’abord, des dix éditions précédentes ?
Simplement retenir cet éclairage, une fois par an. Il permet de remobiliser les structures et les personnes. Grâce à La Poste, on attire vraiment l’attention, on valorise la fonction et le grand public comprend mieux les difficultés inhérentes à la mission.

L’idée est de sensibiliser  les acteurs du sport et le grand public à l’importance du rôle de l’arbitre. Mais parvient-elle, également, à susciter de nouvelles vocations ?
Oui. Je suis sûr que oui. Quand on profite des remises de maillots, au total 1500 ou 2000 maillots pour les quatre sports, on invite les jeunes arbitres. Quand ils participent à ce type d’opérations, au milieu de personnes de renom, d’ambassadeurs prestigieux, le message passe, forcément, il est porteur de valeurs. De la même manière, lorsque je vais faire des formations sur les jeunes arbitres, j’essaie, à partir de ma propre expérience, de leur faire comprendre combien la mission peut être formatrice, instructive. Je n’aurais jamais disputé les JO en tant que joueur. Et lorsque je leur parle de Sydney, je vois des yeux qui brillent…

Avez-vous vu le documentaire «Allez l’arbitre !» ?
Oui, et c’est un film très intéressant. Par rapport à celui de l’année précédente, où l’on parlait des arbitres de foot au plus haut niveau, on évoque, cette fois, les quatre sports à des niveaux intermédiaires. Il y est question d’un arbitre de basket de niveau régional, d’un du district de foot, des sœurs Bonaventura... Je l’ai vu au Gaumont Montpellier et il y a quelque chose qui m’a amusé. Le représentant du foot était un peu gêné. L’arbitre en question rencontrait, en effet, d’énormes problèmes avec les acteurs, des problèmes de société finalement. Montrer le niveau de difficultés auquel sont confrontés les acteurs ne peut que permettre de mieux appréhender les choses.

Existe-t-il des axes de travail en commun avec les Fédérations partenaires ?
Très peu. On a une réunion par an, souvent initiée par La Poste d’ailleurs. Il y a bien eu des prémices d’échanges sous l’ère Bernard Laporte, lorsqu’il était ministre d’état. On a eu des réunions, des échanges très intéressants. Mais ça s’est arrêté là. Et ça, je le regrette.

"L’ARBITRAGE FRANÇAIS EST RECONNU, C’EST UNE CERTITUDE. IL EST SÉRIEUX, HONNÊTE, PARMI LES PLUS PERFORMANTS."

Il y avait quatre arbitres français à Londres. Cela signifie-t-il que le niveau de l’arbitrage en France est parmi les plus élevés au monde ?
Je suis mal placé pour répondre. Il y avait une conjoncture favorable avec la présence d’équipes masculines et féminines. Mais l’arbitrage français, depuis Moscou, a toujours été représenté aux JO. L’arbitrage français est reconnu, c’est une certitude. Il est sérieux,  parmi les plus performants. On le voit dans les désignations de Coupes d’Europe, ou même lors des grands tournois. Le Serbie – Croatie du dernier Euro, match classé à risques ? Pour des Français, c’est un signe de reconnaissance. A Londres, l’IHF  voulait sans doute aussi montrer que la fonction n’était pas réservé qu’aux hommes. Les sœurs Bonaventura ont arbitré une finale olympique. Mais une finale féminine… Cela dit, même si nous sommes plutôt bien considérés, il faut demeurer prudent. Le binôme formé par Stevann Pichon et Laurent Reveret aurait pu être autorisé au niveau international. Mais on nous a demandé de passer le grade, et c’est évidemment un peu ridicule.

Nordine Lazaar a récemment fait ses adieux. Pensez-vous qu’il avait vraiment fait le tour de la question ?
Nordine a mené, pendant des années, une carrière professionnelle en parallèle de sa carrière d’arbitre. On a beaucoup galéré avec le binôme qu’il formait avec Laurent Reveret au niveau des désignations à cause de son manque de disponibilité. Quand il a eu son diplôme de kiné, il s’est installé à son compte, et on a pensé que tout allait pouvoir s’arranger. Il faut savoir que l’on touche là à un véritable problème de fond. On a ouvert des états généraux de l’arbitrage et s’est posée la question de la professionnalisation de nos arbitres. On a travaillé sur le cas Lazaar – Reveret. On a trouvé une solution pour Laurent. Le cas Nordine a été étudié pendant des mois. La seule solution était de l’aider financièrement. On n’a finalement pas su trouver de terrain d’entente. Et à quinze jours de l’ouverture du Championnat, il a fallu tout chambouler et reconstruire quatre nouveaux binômes. Mais je ne suis pas certain, aujourd’hui, que Nordine soit très heureux de la situation.

Qu’est-ce qui a vraiment changé depuis l’époque où vous arbitriez avec Jean-Pierre Moréno ?
La préparation des rencontres. Moi, je faisais les 3/8 au CHU de Montpellier. C’était pas sérieux, c’était même un manque de respect par rapport aux acteurs. L’arbitrage doit être de plus en plus professionnel. Un arbitre, aujourd’hui, pour être performant, doit savoir se rendre disponible. Il doit arriver suffisamment en avance pour se reposer ; voir les clubs ; prendre du temps pour faire de la formation ; répondre à toutes les sollicitations ; être disponible au plan international ; Etudier les vicissitudes du calendrier. Tout a changé finalement…

"400 ARBITRES AU NIVEAU NATIONAL"


Quel est votre rôle, aujourd’hui, au sein de l’instance fédérale ?
Je suis le président de la commission centrale d’arbitrage. Je défends les intérêts de notre fédération, à la fois en son sein, mais également auprès des ligues professionnelles. Je gère aussi une commission chargée de songer à un projet global. Je suis donc chargé de formation, de la désignation, de la formation des formateurs, des délégués de table, et j’essaie aussi d’insuffler une dynamique à travers tous les territoires. Il y a tout de même 400 arbitres au niveau national, 70 délégués et 50 formateurs. Mais au total, avec les ultramarins, ça fait entre 9 et 10 000 arbitres…

Au niveau international, on constate toujours certains dysfonctionnements. On se souvient des arbitres chinoises dans le quart de finale féminin France – Russie à Pékin ou des Suédois en demi-finales du mondial masculin 2007 entre l’Allemagne et la France…
En France, je m’interdis de mettre en difficulté un binôme. Nous mettons toujours beaucoup d’attention au niveau de la désignation. Le véritable souci, ce sont les personnes mises à disposition. Aux JO, pour prendre cet exemple, on est obligé de travailler avec des arbitres de tous horizons. D’un côté, c’est assez formateur, parce qu’ils s’enrichissent des rencontres et des expériences, mais ça peut aussi poser un problème. Les enjeux sont là et il faut faire vivre la compétition. Les Chinoises, je m’en souviens très bien, présentaient un risque. Je peux aussi, parfois, prendre ce genre de risques. Sans doute, était-il, néanmoins, un peu disproportionné à l’affiche. Les Suédois, eux, étaient compétents, mais ils n’étaient pas prêts à supporter ni l’enjeu, ni l’environnement. Ils ont craqué. Il y a un espace humain à prendre en compte. La commission pouvait-elle désigner d’autres arbitres ? Je n’en suis pas certain. Il n’y a pas cinquante paires capables d’arbitrer toutes les rencontres, quelles que soient les conditions. Aujourd’hui, on est confronté à une nouvelle génération d’arbitres à qui il faut donner du temps.

Le handball ne cesse de se développer, de se professionnaliser. L’arbitrage et son organisation sont-ils à la hauteur de cette croissance ?
On est en décalage. Depuis des années. Un joueur s’entraîne deux fois par jour, un arbitre deux fois par semaine. Les joueurs ne vivent que de ça, les arbitres bossent par ailleurs. Les instances sont persuadées qu’à l’aube d’un grand championnat, deux jours de rassemblement suffisent. Ce n’est pas possible. On manque de complicité avec les fédérations européenne et internationale. S’il y avait plus d’échanges, une ligne de conduite, on pourrait gagner du temps. Mais si le décalage est réel, une fédération comme la nôtre a pris le dossier à l’issue des états généraux à bras le corps. Le vrai débat, et j’insiste là-dessus est : à quel moment pourrons-nous rendre l’arbitre disponible ? L’arbitre, plus il aura fait le vide à l’instant T, et plus il sera efficace. La différence entre un arbitre international capable d’arbitrer une finale olympique et un autre qui n’en fera jamais, réside dans cette faculté à préparer son match et à faire le vide.

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