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L’Entretien du Lundi - Béatrice Barbusse : « Le plan de féminisation est en marche »

Au sortir d’un séminaire sur le plan de féminisation organisé à Issy-Les-Moulineaux, Béatrice BARBUSSE évoque sa passion pour le handball. L’ancienne présidente de l’US Ivry et membre du Conseil d’administration de la FFHB depuis une année, s’emploie à créer une plus grande mixité à tous les niveaux.

L’an passé, vous évoquiez, dans un entretien votre travail sur la genèse du spectacle sportif…

Ce travail n’est pas finalisé. Je lis actuellement beaucoup sur la période de l’Antiquité, sur le monde gréco-romain. Au travers de l’histoire je recherche comment sont nés les premiers spectacles qui mettaient en avant le corps et les premiers cirques.


Membre du Conseil d’administration de la FFHB, vous êtes aussi depuis mars dernier conseillère municipale déléguée au sport de la ville de Créteil… L’ennemi intime d’Ivry…

Lorsque j’étais présidente d’Ivry, je n’ai jamais considéré que l’on devait opposer les deux clubs. J’habite à Créteil depuis que j’ai cinq ans et je n’ai jamais quitté cette ville où je travaille aussi. Je suis Val-de-Marnaise et je défends la banlieue. Les frontières, ce n’est pas trop mon truc même si je comprends l’attachement de certains à leur territoire.


Créteil accueillera dans quelques années la Maison du Handball, un projet dynamisant…

J’étais déjà élue fédérale lorsque le projet s’est concrétisé et cela m’a fait sourire. Créteil est une terre de handball, donc ce n’est pas étonnant. Le Maire est passionné de sport et je sais qu’il fait tout pour faciliter l’installation de la Maison du Handball.


Mi-octobre un premier séminaire pour lancer le plan de féminisation était organisé à Issy-Les-Moulineaux. Avez-vous ressenti l’adhésion des territoires ?

Nous avions demandé à l’ensemble des territoires de désigner un binôme composé d’un élu et d’un salarié qui seraient des référents du plan de féminisation. 85 % des territoires étaient représentés et seuls quatre territoires étaient absents. C’est plutôt satisfaisant car il n’y avait pas de caractère obligatoire, il s’agissait uniquement d’une invitation.


Quels étaient les objectifs de ce séminaire ?

Il visait, dans un premier temps, à donner un niveau d’information égal à tous et à faire prendre conscience des enjeux du plan de féminisation. Nous avions invité des témoins qui ont rapporté des exemples de mise en œuvre d’actions dans les autres fédérations. Frédérique JOSSINET, chargée de mettre en œuvre le plan de féminisation à la Fédération française de football ainsi que Marie-Françoise POTEREAU venue en tant que présidente du FEMIX (Femmes Mixité Sports) et chargée de mission inter-fédérale pour le Ministère en charge des Sports sur les plans de féminisation. Frédérique a, par exemple, particulièrement insisté sur la volonté politique indispensable pour faire avancer la féminisation dans une fédération très masculine. Au cours de ce séminaire des premiers ateliers ont été réalisés avec tous les participants. Nous allons mettre en place une veille en matière de communication pour voir les bonnes pratiques au-delà et dans le handball, via un espace de partage sur internet. Cela permettra aussi de signaler parfois les mauvaises pratiques.


Quels sont les axes du plan de féminisation ?

Ils ne sont pas spécifiques au handball mais instaurés par le Ministère des Sports, à savoir : la pratique pour toutes, le handball de haut niveau féminin, l’arbitrage, les cadres techniques et les dirigeantes. L’objectif est de décliner ses axes à partir des territoires, en partant des clubs, des comités, des ligues et jusqu’à la fédération. J’ajoute aussi que l’on ne doit pas enfermer les femmes dans le secteur féminin.


Quelles sont les autres missions des territoires ?

Ils sont chargés de réaliser un diagnostic qualitatif et quantitatif. Il est important que chacun connaisse les données de son territoire. Avec cette base de données, on peut imaginer valoriser des femmes déjà engagées afin de montrer à de jeunes femmes que c’est possible de devenir entraîneure, arbitre, dirigeante, présidente… C’est extrêmement important que d’avoir des « rôles-modèles ».


La France s’est récemment vue confier l’organisation de l’Euro 2018. Cela va considérablement accélérer le processus de féminisation ?

J’espère bien qu’avant l’Euro 2018, nous aurons avancé sur des actions de communication qui serviront l’Euro 2018. En fait cet Euro 2018 sera la cerise sur le gâteau du plan de féminisation que nous menons avec Sylvie PASCAL-LAGARRIGUE et Odile DUBUS et non pas une finalité.


La montée en gamme de la LFH avec la présence de nombreuses internationales étrangères est-elle un effet d’aubaine ?

Clairement et c’est aussi vrai dans le handball masculin. La crise économique est plus importante dans les autres pays. Dans nos clubs, les joueuses et les joueurs sont certains d’avoir leur salaire à la fin du mois. C’est tout le handball français qui en profite et j’espère que cet effet d’aubaine sera transformé pour consolider la LFH, grâce à la qualité des joueuses connues et reconnues. C’est un avantage non négligeable pour attirer des spectateurs et en ce sens, il faut saluer la qualité du recrutement effectué par les dirigeants.


On évoque la professionnalisation de la LFH, une utopie il y a encore 25 ans…

Je fais des études ou du handball ? Le double projet ne se posait même pas dans les années 90. C’est le premier progrès du sport professionnel. C’est une superbe évolution et la structuration permet de donner des moyens aux filles qui peuvent aussi s’entraîner plus et mieux. Le handball féminin a bien évolué avec des joueuses bien plus techniques.


Selon vous existe t-il un handball féminin et un handball masculin ?

Merci de me poser cette question afin que je puisse parler de handball. J’aime le jeu et j’apprécie beaucoup d’en discuter, notamment après un match. Je dois dire que mon œil est plus exercé au handball masculin qui est plus physique et plus violent d’une certaine façon. J’ai parfois l’impression que le handball masculin prend le même chemin que le rugby. Spontanément j’aurais tendance à penser que le handball féminin est plus lent et donc moins intéressant. En réalité, s’il est certes moins physique et moins rapide, il est plus technique, plus tactique et il est très fluide. Les filles ont acquis une maîtrise technique bien supérieure et je crois que de plus en plus, il évoluera vers une dimension plus physique.


Huit des clubs de LFH sont présidés par des hommes qui s’engagent fortement en faveur du handball féminin.

Mais j’espère bien que le plan de féminisation sera porté par des hommes ! Souvenez-vous du récent discours de l’actrice Emma WATSON à l’ONU pour lancer sa campagne « he for she ». Bien évidemment des hommes se battent au quotidien pour le handball féminin, c’est vrai aussi dans d’autres sports. Jérémy ROUSSEL a quitté Aix pour rejoindre Metz et je ne crois pas qu’il le vive comme un déclassement.
L’engagement des hommes n’est absolument pas antinomique. Je crois à la mixité pour tout, des âges, des genres, des origines ethniques : c’est la richesse et la réalité du monde contemporain. En ce sens, la sous-représentation des femmes dirigeantes est dommageable. Quant aux hommes, ils s’y prennent parfois mal en imposant par exemple le port de la jupette…


Alors justement, avant que l’Euro 2018 ne décline sa communication, quel était votre avis sur l’affiche du mondial 2007 avec la chaussure adidas et le talon aiguille rouge ?

Je crois que ce ne serait plus réalisable aujourd’hui. À l’époque, je l’avais dit publiquement lors d’un colloque féminin pendant le Mondial 2007 animé par Maryse Ewange-Épée. Les communicants manquent d’imagination et déclinent tout simplement leur fantasme ou des stéréotypes reproduits à perpétuité. Ce n’est pas en sexualisant la femme, en la dénudant ou en l’affublant de vêtements « typiquement féminins » que l’on attirera les femmes de tout milieu. La féminité est plurielle autrement dit il existe plusieurs manières d’être femme et le talon aiguille ou la robe sexy voire la jupette n’en reflètent qu’une. Quand comprendrons-nous que notre monde est divers et qu’il est dépassé le temps où l’on pouvait enfermer les individus (femmes incluses) dans des cases stéréotypées ?

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