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L’Entretien du Lundi : Béatrice Barbusse : « C’est dans la mixité qu’il y a le plus de richesses »

On l’a connue présidente de l’US Ivry, militante engagée, femme passionnée. Elle est depuis peu membre du Conseil d’Administration à la Fédération, mais d’abord enseignante, chercheur en sociologie, maître de conférences hors classe à l’université...

Spécialisée en sociologie du sport et management des relations humaines, ses domaines de recherche touchent également à la socio-économie du sport professionnel. Auteur de plusieurs articles et ouvrages dans le domaine, elle n’a de cesse de s’interroger sur l’avenir d’une discipline qu’elle sert avec verve. De retour de la Réunion, quelques heures avant de s’envoler pour Marseille, elle a pris le temps de répondre à nos questions, d’évoquer ses sentiments, d’éveiller nos consciences sur les dérives qui pourraient guetter…

« On va vous taquiner pour commencer : le modèle fédéral dans le sport français, est-il un principe fondateur dépassé ?
Vous faites référence à cet article paru dans Fédéralisme-Régionalisme… Je le pense sincèrement. En terme de gouvernance en tout cas, et il faut le faire évoluer. Pour plusieurs raisons : le fédéralisme originel a été biaisé. Les clubs ont fait émerger les fédérations afin d’organiser la pratique. Avec les années, la base, c'est-à-dire les clubs, n’ont plus leur mot à dire qu’en suffrage indirect. D’un point de vue démocratique, le système est donc dépassé ; La deuxième raison est liée à la professionnalisation du monde sportif. On a installé des professionnels et il y a des tensions entre les salariés et les bénévoles dirigeants. On constate que les bénévoles dirigeants se sont écartés du terrain et n’ont pas forcément fait évoluer leurs compétences. Dans le cas du handball, il y a même une tension qui s’est créée entre le monde professionnel et le monde amateur, et on a du mal à avancer sur certains dossiers pourtant prioritaires. Et, en même temps, ces dirigeants bénévoles sont les «gardiens du temple», de certaines valeurs originelles du sport.


Il y a un an, presque jour pour jour, vous cédiez votre poste de présidente de l’US Ivry. Avec le recul, comment avez-vous vécu vos cinq saisons à la tête de cette vénérable institution ?
Cinq saisons et demi même… J’ai appris beaucoup de choses, emmagasiné de nombreuses et nouvelles compétences sur le sport professionnel en général, les rapports de pouvoir… Globalement, j’y ai rencontré des gens d’une grande richesse humaine. J’y ai vécu aussi de bons moments, notamment au début. Il y a eu deux périodes en fait : la construction d’une équipe pour aller quérir un titre, celui de champion de France en 2007, et on est longtemps resté sur cette dynamique, puis une deuxième période que j’ai moins bien vécue. On m’a reproché d’avoir trop personnalisé ma fonction alors que je n’ai toujours pensé qu’au club. Ce fut une période très dure, physiquement et moralement. Il a fallu que je prenne beaucoup sur moi, que j’aille chercher au fond de moi-même pour m’en sortir.


Vous êtes, depuis peu, membre du Conseil d’Administration à la Fédération. Savez-vous dans quels domaines vont se situer vos actions ?
Précisément, non. Comme je l’ai dit au président, j’arrive en toute humilité. Le monde fédéral est un monde que je connais, mais moins que le monde professionnel. Je vais d’abord m’imprégner du contexte, des gens, des enjeux. Je sais quels sont les gros dossiers, le championnat du monde 2017, la féminisation du handball, la ProD2 et son intégration au sein de la LNH… Il sera ensuite temps de voir comment je peux marier mes compétences avec l’évolution de chacun d’entre eux.

Votre vie sans le handball, sauriez-vous l’imaginer ?
J’ai déjà eu une vie sans handball, quand j’ai arrêté ma carrière, pendant cinq-six ans. Ça m’a permis de me ressourcer. Oui, je peux l’imaginer. Pourquoi, d’ailleurs, ne pas faire autre chose que du handball ?

Cela dit, vous venez de vous impliquer à la Fédération…
Pourquoi je m’investis à la FFHB ? Parce que le président me l’a demandé. Et parce qu’il serait dommage de ne pas activer les compétences que j’ai acquises ces dernières années. Aujourd’hui, même si je le pourrais, je n’ai pas envie de me priver du handball.


Votre vie professionnelle, puisque vous êtes enseignante, chercheur en sociologie, maître de conférences hors classe à l’université Paris-Est Créteil Val-de-Marne, vous amène à beaucoup vous interroger sur la socio-économie du sport professionnel. Ces recherches vous passionnent-elles toujours ?
Plus que jamais ! J’interviens prioritairement dans une filière ressources humaines et, à côté, je fais de petites interventions en sport. A terme, j’ai envie de me réorienter de manière plus dominante dans le management du sport. Ce qui est compliqué aujourd’hui, c’est de jongler entre plusieurs domaines. C’est épuisant, fécond, certes, mais avec l’âge, ça commence à être pénible intellectuellement. Aujourd’hui, je ne peux pas faire ces cours, écrire en même temps, m’ouvrir sur d’autres domaines...

Sur quoi travailliez-vous, précisément, ces derniers temps ?
Sur la genèse du spectacle sportif. Le sport est rentré dans ce domaine, comme le théâtre, la musique, le cinéma… Je m’interroge sur ça : Est-ce que c’est encore du sport ? Les gens ne se rendent pas compte à quel point on vit une mutation, combien les valeurs ont changé.


On vous sait adepte des réseaux sociaux. Que vous apportent-ils réellement ?
Je m’éclate sur Twitter ! Je kiffe complètement. J’aime ce recueil, ce partage d’informations. L’information à la base, c’est toute la subtilité du réseau. Je kiffe au point que je ne regarde même plus les actualités. C’est mon métier de me tenir à la pointe de l’actualité, et je m’y retrouve avec Twitter. Je m’en tiens à trois domaines : le sport, la sociologie et les ressources humaines. Ça me permet aussi de suivre l’air du temps, de faire évoluer ma pensée dans mon domaine de recherche, RH et sport. Ça me permet, enfin, de participer activement au débat même si on n’est que 5% de la population à s’exprimer sur Twitter. Avec Twitter, tu es à égalité avec les gens. C’est un outil puissant d’influence. Et comme avec tous les outils puissants, il faut faire attention à la manière de l’utiliser, car c’est très addictif.

On est dans un système concurrentiel, il ne faut jamais l’oublier. Si d’autres sports collectifs féminins avancent, ça se fera au détriment d’autres sports féminins..

Etes-vous féministe ?
Oui, une féministe en action. J’aurais répondu non il y a deux-trois ans, mais je me suis aperçu que féministe n’était pas un gros mot, une maladie. Je défends la cause des femmes dans le sport, je milite vers plus de droits, je m’y suis engagée. J’ai été affectée moi-même par cette question. Alors, je réponds à toutes les sollicitations sur les tables rondes du sport et des femmes. Mais ce n’est pas quelque chose que je revendique. Je ne suis pas une victime. C’est dans la mixité, la diversité qu’il y a le plus de richesses. Qu’on reflète le mieux la société.

 

Comment estimez-vous la place du handball féminin en France ?
Aujourd’hui, je suis un peu inquiète. Tout est relatif. Ce n’est pas la dégringolade. Je suis inquiète quant à son positionnement général. Le basket, le foot aussi, commencent à prendre la place qu’avait le handball auparavant. C’est bien aussi. Ça va obliger à bouger les lignes. On est dans un système concurrentiel, il ne faut jamais l’oublier. Si d’autres sports collectifs féminins avancent, ça se fera au détriment d’autres sports féminins...


Avez-vous suivi les premiers pas d’Alain Portes et de son équipe de France ?
Oui, et j’ai vu plein de nouvelles joueuses qui apportent beaucoup d’enthousiasme, j’ai trouvé ça très frais, mais il me semble qu’il y a encore une marge de progression très importante pour le développement du handball féminin. Le basket est notamment en plein bouillonnement. On touche, bien sûr, à un problème particulier : la place du sport féminin en France.


A la fin du mois sera célébré le 10e anniversaire du Tournoi Razel-Bec Paris Ile-de-France. Que pensez-vous de cette vitrine pour le handball féminin ?
Ça peut être une bonne vitrine. C’est d’abord une très bonne idée. Mais il faut qu’il se développe, qu’il prenne de l’ampleur pour ressembler, pourquoi pas au tournoi de tennis qui se dispute dans la même enceinte. C’est une question de moyens, bien sûr, mais pas seulement….


Au fait… Avez-vous joué au handball ?
Un petit peu… De l’âge de 11 ans, à celui de 31 ans. En UNSS, d’abord, puis rapidement en club. J’ai joué en N1A avec Créteil. J’ai fini à Alfortville. J’étais pivot. Au plus haut niveau, on avait entraînement tous les jours, parois même deux fois par jour. Il fallait que je sois super organisée pour m’en sortir. L’organisation, lorsque l’on prétend à l’excellence, peut faire la différence à un point que l’on n’image même pas.

 

Quelles valeurs véhiculées par la discipline vous ont attirée ?
L’esprit d’équipe. La générosité, la solidarité, l’humilité. Il faut aussi avoir de l’ambition. Et je trouve que le handball français, en général, n’est pas suffisamment ambitieux. Certaines de ces valeurs s’écornent peut-être, enfin, pas dans le handball amateur. C’est normal, j’en reviens aux valeurs originelles du sport, au handball spectacle. Comment maintenir l’équilibre ? C’est la vraie question à se poser.



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