Ce n’est pas seulement le gardien de l’équipe de France et du Montpellier HB qui est l’invité de l’entretien du lundi mais le vice-président de l’AJPH. L’un des principaux artisans de la campagne DontPlaytheplayers revient sur les doléances qui ont reçu un écho médiatique d’ampleur.

Comment est née la campagne DontPlaytheplayers ?
Les joueurs français et étrangers ont estimé que le comité d’organisation du dernier Mondial (Allemagne et Danemark) a été défaillant. Nous, les joueurs, considérons que notre intégrité physique n’a pas été respectée. Nous avons alors constitué un groupe Whats’App composé de joueurs français et étrangers, de LNH et de LFH. Les principaux syndicats (Allemagne et Danemark) se sont impliqués et c’est ainsi que le mouvement s’est structuré pour porter nos revendications. Il est nécessaire de taper du poing sur la table des instances internationales qui, malgré nos demandes répétées, continuent à ne pas nous écouter. On s’est dit qu’il fallait agir de façon forte.

Êtes-vous surpris par l’écho important généré par ce « coup de com » ?
Nous nous sommes démenés et en effet la presse a relayé et porté ce message. Le sujet des cadences sportives est porteur. Les joueurs ne demandent pas plus d’argent mais le respect de leur intégrité physique. Nos revendications ont été entendues et ont reçu un écho européen.

Comment les principales institutions internationales, l’EHF et l’IHF, et françaises, FFHandball et LFH, ont-elles réagi à cette campagne ?
Notre mouvement est soutenu par la fédération. Philippe Bana n’est-il pas le premier à payer les pots cassés à l’IHF avec ses déclarations pendant le Mondial ? Olivier Girault, pour la LNH, s’est fendu d’un communiqué de soutien. Avec les organes français, on essaie de travailler en intelligence. Bien entendu les situations peuvent être conflictuelles mais il y a des échanges et des discussions. Il est naturel que les points de vue soient parfois divergents car chacun défend son statut. La situation n’est pas du tout la même avec l’EHF et l’IHF car nos avis ne sont même pas pris en compte. Depuis lors, des contacts ont été établis et on verra bien ce que cela donnera. Nous sommes vigilants.

Quelles sont les principales revendications du mouvement ?
L’implication des joueurs afin d’avoir voix au chapitre sur les décisions. Est-ce bien pertinent de disputer 10 matches sur un Mondial ? Il faut se poser la question. Notre souhait est d’obtenir au moins un jour de repos entre chaque match et sur un même site. Beaucoup de choses ne fonctionnent pas et c’est compliqué de s’en tenir à une ou deux revendications. Disputer un Mondial en milieu de saison et des matches tous les trois jours, c’est physiquement difficile.

Parfois, une période de repos peut générer un effet inattendu. Lors de l’Euro 2018 puis le Mondial 2019, l’équipe de France a subi un coup de moins bien en demi-finale après une plage de trois jours sans match…

Effectivement, nous avons mal géré ces périodes de trois jours. À la sortie de cette plage de récupération, nous étions frais physiquement mais il y a eu, sans doute, un relâchement psychologique. Nous étions moins prêts à batailler. Le rythme de jouer tous les deux jours semble cohérent. Le sport de haut niveau implique de pousser son corps dans ses limites. Au regard du nombre de blessés, cela confirme que la formule du Mondial 2019 n’était pas bonne.

Le schéma de compétition des J.O. (un match tous les deux jours pendant 2 semaines) n’est-il pas le plus adapté ?
C’est clair. J’exprime un avis personnel car ce sujet n’a pas été débattu mais en effet, si la formule des J.O. est exigeante, elle reste humaine car disputée sur un site unique. Ce sont bien les formules de compétition qui sont au cœur de nos problématiques. Il faut garantir des matches dans une formule lisible. Comment le grand public peut-il s’y retrouver dès lors où il faut faire des calculs pour savoir qui sera qualifié ? Idem pour la formule de Ligue des Champions avec ses poules hautes et basses.  

Regardez-vous du côté du basket et du volley pour comparer vos rythmes et piocher des idées ?
Sincèrement, je crois que les problématiques d’un sport à l’autre sont différentes. Cela rend complexe les comparaisons. D’un sport à l’autre, il y a plus ou moins de contacts et de blessures consécutives. Le syndicat européen du basket, récemment créé, a pris contact avec nous et cela peut en effet ouvrir des discussions intéressantes. De la même façon, demander au maçon qui se lève tous les matins à 06h ce qu’il pense de la pénibilité de son métier, cela n’a pas de sens pour faire avancer le débat. Nous sommes heureux et conscients de faire un métier privilégié mais notre carrière est courte et il est légitime de penser à l’avenir et de prendre soin de notre intégrité physique.

Même avec de la bonne volonté, constituer un calendrier et définir des schémas de compétition ressemblent à la quadrature du cercle…
En ce sens, Patrice Canayer a eu raison de préciser que 80 % des joueurs environ ne jouent pas assez quand les autres 20 % jouent trop. Un joueur qui ne dispute pas les coupes d’Europe n’est pas impacté de la même façon. Idem pour un international. Sur le plan national, il y a des avancées. Le HandStar Game a été supprimé et les clubs européens rentrent un tour plus tard sur la coupe de la ligue. La prochaine Golden League passera de trois à deux matches avec un jour de repos. Ce jour de repos entre deux matches est notre principale revendication pour le Final Four de la Ligue des Champions. Dans la formule actuelle, les équipes disputent deux matches en moins de 24h. Si la dernière coupe de la ligue à Antarès, au Mans, a été une réussite, nous étions aussi dans ce cas de figure.

Quelle est la représentativité de l’AJPH (Association des Joueurs Professionnels de Handball) ?

Environ 80 % des joueurs de LidlStar Ligue sont adhérents. Cela signifie qu’il existe une véritable prise de conscience et une reconnaissance du travail effectué. La volonté du syndicat est d’aider les joueurs et le Handball. L’AJPH ne s’inscrit pas dans un rapport d’opposition mais souhaite bien travailler avec tous les acteurs pour faire avancer le handball.

La saison dernière, tu t’étais exprimé sur l’arbitrage. Cette année tu es moteur sur la campagne Playtheplayers. Est-ce un besoin pour toi de mener des combats ?
À chaque fois que je raconte à ma mère que l’on va sortir un mouvement, elle me dit : « c’est encore toi ! ». J’ai toujours aimé dire ce que je pensais. J’aime tellement le Handball que j’ai envie de le faire avancer. Je ne me refreine pas et j’essaie de dire les choses posément. Mon statut et ma carrière me mettent sûrement moins en danger pour prendre la parole qu’un joueur, par exemple, fragilisé par une fin de contrat. Je considère c’est de ma responsabilité par rapport aux autres joueurs.

Ta prochaine arrivée va-t-elle favoriser ton activité à l’AJPH ?

Avec la centralisation si chère à notre pays, je serai en effet au plus près de tout ce qui peut se passer. Je tiens à préciser que cette activité n’empiète pas sur mon métier de handballeur professionnel, c’est sur mon temps libre que je me mobilise. Être présent à Paris me permettra d’accompagner aussi les mouvements de sensibilisation dispensée auprès des pôles et des centres de formation, notamment sur les questions de bizutage, de racisme, d’homophobie, de lutte contre toutes les discriminations. Notre objectif n’est pas seulement de former des handballeurs mais bien des hommes et des citoyens.

Après ta carrière, imagines-tu poursuivre cette activité militante ?
Cela nécessite une fraîcheur permanente et, en ce sens, je crois qu’il ne faut pas rester trop longtemps dans cette position. Cela me tient à cœur mais l’important est de pouvoir solliciter d’autres personnes qui auront une vision différente et qui s’impliqueront fortement pour faire perdurer le syndicat. Pour ma part, il est certain que si je peux aider au bon fonctionnement du syndicat ou du handball, je serai bien entendu volontaire.

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