Excellente sur le flanc droit de l’équipe de France, brillante pendant l’EHF EURO 2018, Laura Flippes est incontournable depuis le lendemain des Jeux olympiques de Rio. La Messine explique les raisons de sa progression constante et de son épanouissement.

Comment te sens-tu à ce moment charnière de la saison ?
Ça va bien même si, forcément à cette période de la saison, je ressens un peu de fatigue mais je la gère. Je suis heureuse d’avoir retrouvé l’équipe de France et je me sens toujours aussi bien avec cette équipe. Idem avec Metz sur la scène nationale et en ligue des champions.

Valides-tu le fait que tu as réalisé ta meilleure compétition sous le maillot bleu lors de l’EHF EURO 2018 ?
C’était seulement ma troisième compétition avec les Bleues et en effet je pense que c’est la plus aboutie. Au-delà des statistiques, je n’ai pas connu de matches moyens. Je suis très fière de la stabilité dont j’ai fait preuve.

Comment expliques-tu le caractère dont tu fais preuve sur le terrain alors que tu es plutôt discrète en dehors ?
À force d’entendre la remarque (sourire), j’en prends conscience. Au-delà de mon caractère, je crois qu’il y a une petite partie en moi qui veut s’exprimer. Je suis libérée sur le terrain car je fais ce que j’aime à ce moment-là, peu importe alors ce que les gens diront. J’essaie d’être efficace et d’exploiter mes qualités de un-contre-un sur la base arrière.

Qui étaient tes modèles lorsque tu as débuté le handball ?

Mais je n’en avais pas (rires) car devenir professionnelle n’était pas un objectif. J’ai mis du temps à me dire que je voulais faire cela. Je regardais un match de temps en temps, à la télé. J’allais voir un match lorsque l’équipe de France jouait à Metz. Au fur et à mesure des années de pôle à Strasbourg, c’est venu un peu comme ça, au gré des stages et des compétitions avec les équipes de France jeunes. Je ne me suis jamais mise la pression et je n’étais pas une grande bosseuse. Finalement, j’ai dû bosser pour y arriver mais peut-être plus tard que la normale. J’ai aussi la chance d’avoir des qualités physiques et d’être gauchère.

D’ailleurs, faut-il te qualifier d’ailière ou d’arrière ?
Je n’ai pas vraiment de poste préférentiel. Quelle que soit la position, du moment que j’arrive à m’éclater.

C’est vrai aussi en équipe de France masculine, est-ce une spécialité des gauchers une telle polyvalence ?
Je ne crois pas. C’est dû aux caractéristiques différentes des joueurs. Lorsque j’étais plus jeune, on me disait que j’étais trop petite pour évoluer et finalement que ma capacité à jouer au duel me permettait de jouer arrière. Voilà, au début c’est ma taille qui m’a sanctionné et aujourd’hui j’évolue sur les deux postes.

En quoi le fait de ne pas disputer les Jeux Olympiques a-t-il constitué un déclic ?
Le timing était un peu court. J’avais été retenue en équipe de France pour la première fois au début de la préparation des J.O. Participer à cet événement aurait été extraordinaire et j’ai tout de même été déçue. Du coup, je me suis donné les moyens de ne pas revivre une telle déception. Moins de trois ans plus tard, je n’ai plus rien à voir avec la joueuse que j’étais alors et je mesure le chemin parcouru. Le fait de ne pas aller aux J.O. m’a donné une motivation supplémentaire et je me suis rendue compte de ce que je voulais dans le handball.

Quels moyens as-tu investi ?
J’avais beaucoup d’acquis en tant qu’arrière mais, pour intégrer l’équipe de France, j’ai compris que je devais compléter ma palette de tirs à l’aile. J’ai travaillé des spéciaux pour enrichir ma gamme. Pendant longtemps, j’ai refusé l’impact au sol alors j’ai beaucoup appris à tomber, d’abord sur un tapis. Il me fallait utiliser toute ma suspension et accepter l’idée d’aller au sol.

Quelle importance attaches-tu au travail mental réalisé avec Richard Ouvrard en équipe de France ?
Je participe aux séances collectives avec l’équipe de France. Depuis le début de la saison, je consulte un préparateur mental à Metz. C’est une initiative personnelle. J’ai effectué cette démarche car j’avais besoin de prendre confiance en moi. Cela m‘a aidé à franchir un cap cette saison avec Metz et avec l’équipe de France.

Serais-tu tentée par une expérience à l’étranger, à l’instar de quelques-unes de tes coéquipières en équipe de France ?
Tout le monde le sait et peut voir que je suis très bien à Metz. J’ai encore un an de contrat, ce sera ma 7e saison avec le club qui m’a lancé. Je n’ai pas envie de partir mais je ne suis pas fermée à l’idée de voir autre chose et d’une expérience enrichissante.

Quel est ton projet pour l’après-handball ?
J’ai un BTS de chimie et j’aimerais travailler dans les laboratoires de la douane. Je ne me suis pas plus renseignée que cela mais j’aimerais procéder à ce type d’analyses. J’ai peut-être influencé par les films ou des séries TV comme Les Experts. Dans un premier temps, je visais plutôt la police scientifique puis, un jour, je me suis réveillée et je me suis projetée sur le laboratoire de douane.

Championne du monde, d’Europe. Votre objectif est légitimement de prétendre au titre olympique l’année prochaine à Tokyo ?
Cette étape de la Golden League constituait nos retrouvailles depuis le titre européen alors on a un peu profité de ce moment. Mais oui bien sûr, on y pense et on se dit qu’il faudra aller chercher le seul titre qui manque au handball féminin français. Je crois que chacune a conscience de ce qu’il faudra faire pendant 18 mois, sans oublier l’étape du Mondial au Japon. Nous avons les pieds sur terre, ce que nous réaliserons comptera plus que ce que nous avons déjà réussi. Nous sommes prêtes à assumer notre statut né de nos résultats.

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