Lors des Final Four féminin (à Budapest) et masculin (Cologne), le recours à la vidéo a mis en lumière le rôle d’Armand Steiger. Positionné derrière la table de marque, les arbitres consultent les images qu’il a sélectionnées pour les aider dans la prise d’une décision importante. Véritable couteau suisse des technologies appliquées au handball, le conseiller technique de Vision Sport nous éclaire sur sa mission.

Comment a été mis en place ce dispositif d’assistance vidéo à l’arbitrage ?
Ce n’est pas une nouveauté. La goal line a été utilisée pour la première fois lors du Final Four masculin de l’EHF Cup organisé à Nantes en 2016. La FFHandball a été précurseur en co-finançant Vision Sport.

L’EHF n’a pas longtemps hésité à systématiser votre présence…
Le Final Four de la Ligue des champions masculine se déroulait la semaine suivante à Cologne et l’EHF nous a alors demandé de mettre en place cette technologie. Au début, les arbitres étaient très méfiants car ils craignaient qu’on utilise les images dans leur dos, pour évaluer leur prestation. Le premier fait de jeu important s’est déroulé l’année suivante à Cologne, lors de la demi-finale entre le PSG et Kielce. Dans les dernières minutes, Igor Vori avait donné un coup de coude et les arbitres sont venus consulter les images.

Tu disposes de très peu de temps pour proposer des images aux arbitres. Comment es-tu alerté ?
Je ne suis pas prévenu mais je sens, si je puis dire, le moment où les arbitres vont venir et examiner une situation. Comme un réalisateur de TV, je sais où regarder et quelles caméras consulter. Pendant que je leur propose des images, j’en prépare d’autres, via une play-list. C’est un peu le travail d’un opérateur ralenti. Contrairement au VAR utilisé dans le football, ce sont toujours les arbitres qui décident. Je ne fais pas de commentaires : je montre seulement les images. C’est pour cela que certains m’appellent le Sphynx (sourire).

C’est en effet ce qu’on dit sympathiquement Thomas Villechaize et François-Houlet qui commentent sur beIN SPORT…
Nous échangeons parfois après les matches. Par exemple, j’ai montré samedi soir à François-Xavier Houlet les images qui ont conduit au carton rouge de Petrus, lors de la demi-finale entre Barcelone et le Vardar. S’il est toujours question d’interprétation, son avis initial a alors évolué.

Qui décide du recours à la vidéo ?
Je ne dispose pas d’oreillette donc je ne suis pas en relation avec qui que ce soit. Ce sont toujours les arbitres qui décident et leur intervention est toujours liée à une décision importante, comme un carton rouge. Les officiels de la table de marque peuvent aussi demander la vidéo pour vérifier un mauvais changement de joueurs ou la pose d’un temps-mort.

Le dispositif a-t-il beaucoup évolué ?
Oui, naturellement. Nous disposons de neuf caméras ou paluches en plus des images de la réalisation TV. Trois dans chaque but, deux sur la table de marque pour les changements et les temps-morts et un plan large.

Pourquoi s’en tenir seulement aux Final Four et à l’EHF EURO ?
À la fois pour des raisons financières et techniques. D’ailleurs notre participation sur tous les matches du prochain championnat d’Europe (Autriche-Norvège-Suède) n’est pas encore actée.

Cette aide à l’arbitrage est-elle désormais bien acceptée ?
Autrefois, je devais me présenter aux arbitres et me dire où je me trouvais s’ils souhaitaient consulter la vidéo. Aujourd’hui, avant les matches, ils viennent à ma rencontre. Il n’y a plus de méfiance. L’EHF a souhaité intégrer notre équipe aux officiels de l’EHF. Cette intégration facilite les échanges par exemple lors des repas en commun.

Et concernant la goal-line, est-ce toi qui alerte si le ballon est entré ou pas avant le buzzer ?
Non, là aussi ce sont les arbitres qui viennent consulter la vidéo. Lors de l’EHF EURO 2018 en Croatie, un but est marqué sur le buzzer et il n’est pas valide. Les arbitres viennent consulter la vidéo et ils découvrent une faute. Ils sifflent un jet de 7m finalement sorti par le gardien. Un autre exemple, lors de l’EHF EURO 2018 en France, les sœurs Bonaventura ont été confrontées à un but sur le buzzer lors de Pays-Bas-Espagne, un match de poule. Nos caméras tournent à 50 images secondes : le ballon était bien rentré avant le buzzer : à 10 images près, il n’y aurait pas eu but.

En volley-ball, les coaches peuvent demander le challenge vidéo. Est-ce imaginable pour le handball ?
Franchement, ce n’est pas faisable. Le handball est un sport à enchaînement d’actions et soumis à un temps de jeu. Son utilisation pourrait conduire à de l’antijeu : demander par exemple le challenge vidéo afin de stopper une contre-attaque. Pour les arbitres, c’est aussi une difficulté. Il leur faut choisir le bon moment pour consulter la vidéo. Ce week-end à Cologne, on a vu aussi des joueurs réclamer la vidéo.

Lors du Mondial B de 1989 organisé en France, tu avais mis en place du live-scoring sur le minitel, un objet que les jeunes de 20 ans ne peuvent pas connaître…
J’ai toujours eu la passion d’utiliser des outils technologiques pour améliorer le suivi de notre sport. Les statistiques font progresser les joueurs et les entraîneurs. Le handball est soumis à de nombreuses interprétations et je considère que l’arbitrage vidéo concourt à plus d’équité. J’ai encore plein d’idées et je continue à foisonner, notamment sur les objets connectés.

Quelles sont les prochaines compétitions sur lesquelles tu vas intervenir ?
Dès cette semaine, je me rends en Roumanie, à Baia Mare, pour une étape de l’European Beach Tour. L’utilisation de la Goal Line est extrêmement utile car sur le Beach, il n’existe pas de ligne de but et la surface n’est pas plane.

HGu

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