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#Entretien du lundi - Pierre Terzi : « Le Handball, plus une passion qu’un métier »

Ancien joueur de l’Usam Nîmes (D1), ancien élève de Jean-Pierre Lacoux à la Sport-étude de Nîmes, Pierre Terzi est professeur de sport au Creps de Dijon. Après un premier passage en équipe de France de 2002 à 2004, il est revenu en 2016 avec Olivier Krumbholz pour prendre en charge la préparation physique des Bleues.

Comment a débuté ton aventure avec l’équipe de France en 2002 ?
J’étais alors co-entraîneur du club de Dijon avec Fred Willy. La LFH n’existait pas encore et nous n’étions pas des entraîneurs professionnels. Fred Willy était professeur de gym à Besançon et j’étais professeur au Creps de Dijon depuis 1988. Fred est un proche d’Olivier Krumbholz et lui a certainement parlé de moi. C’est ainsi que ce dernier m’a proposé d’intégrer le staff.

Pourquoi la collaboration a-t-elle cessé dès 2004 ?
Lorsque l’équipe de France a remporté le premier titre mondial en 2003, je me suis engagé à effectuer les 35 jours de préparation pour les J.O. de 2004. Le deal était clair dès le départ : le contingent pour le staff était limité et je savais que je ne serais pas du voyage. Simplement, mes enfants étaient encore petits et je souhaitais retourner auprès de mon club qui connaissait quelques difficultés. J’ai eu le bonheur de connaître une belle aventure européenne avec une finale de Challenge Cup en 2005. J’avais aussi la volonté de ne pas abandonner mon métier d’enseignant et de formateur qui me plait beaucoup. Pour moi, le Handball, a toujours été plus une passion qu’un métier.

Alors comment as-tu réagi lorsqu’Olivier t’a rappelé en janvier 2016, au moment de son retour à la tête des Bleues ?
Les plus beaux souvenirs étaient posés sur une étagère dans une chambre, chez moi. J’étais totalement passé à autre chose. Je n’avais pas souhaité m’engager dans le professionnalisme requis par la LFH et mes activités dans le Handball avaient fortement diminué depuis une dizaine d’années. J’étais loin de penser qu’un jour je remettrais les pieds sur un terrain de façon prégnante, et encore moins auprès de l’équipe de France. De plus, je pratiquais assidûment la course d’orientation, un loisir avec 80 courses par an.

Quels arguments Olivier a t-il déployés ?
« J’ai carte blanche pour reconstruire un staff et j’ai besoin de toi. Éric Baradat et Sébastien Gardillou seront aussi de la partie. » J’avais toujours gardé le contact avec eux et j’étais demeuré un supporter invétéré de l’équipe de France. J’étais au ski avec ma femme. Elle m’a dit « Tu ne peux pas refuser. Tu es un sportif et tu vis pour ça. Si l’équipe est qualifiée pour les J.O., alors tu iras. Tu ne peux pas refuser. » Je dois aussi remercier mes supérieurs hiérarchiques du Creps Dijon qui facilitent ma mise disposition auprès de l‘équipe de France.

Quelle était la commande passée par Olivier ?
Aller aux J.O. pour y gagner une médaille. Lorsque Olivier intègre une personne dans le staff, il lui fait confiance. C’était déjà vrai en 2002. Il conserve un œil critique mais il te laisse t’organiser.

Tu es bien placé pour comparer les deux époques. Comment la préparation physique a-t-elle évolué ?
Il y a 15 ans, il n’y avait pas de préparation physique spécifique dans les clubs. Aujourd’hui, avec la LFH, les joueuses évoluent dans un contexte beaucoup plus professionnel. Elles sont en bien meilleure condition physique et en permanence. Il y a des préparateurs physiques qui travaillent très bien dans les clubs. En équipe de France nous faisons de la régulation et de la gestion de la charge plutôt que du développement qui est bien fait dans les clubs.

C’est facilitant pour ton travail auprès de l’équipe de France…
La bonne santé des joueuses est inhérente au travail effectué dans les clubs toute l’année. C’est précieux. Le suivi longitudinal effectué en liaison avec les staffs médicaux et les préparateurs physiques renforcent les collaborations. Il n’y a pas de secret et c’est bien pour cela que l’effectif était arrivé en bon état physique au moment de disputer la finale mondiale l’an passé en Allemagne. C’est aussi notre objectif cette année…

La préparation physique n’est pas forcément l’activité préférée d’une joueuse ou d’un joueur de Handball. Comment la rendre moins contraignante notamment lorsque la fatigue gagne les organismes ?
C’est compliqué. Il faut leur donner des soupapes de respiration. J’ai toujours considéré que la préparation physique n’était pas l’activité favorite dans les sport-collectifs. Concernant nos joueuses, elles ont un tempérament joyeux alors il faut leur apporter de la joie de vivre afin de rendre les exercices ingrats, les plus ludiques possible. Cela passe aussi par le choix des musiques. Personnellement, j’ai toujours travaillé avec des jeunes. Se confronter au quotidien avec des jeunes gens permet de rester dans le coup. C’est stimulant.

La préparation mentale et la préparation physique semblent correspondre aux attentes des filles…
Atteindre le dernier carré sur trois compétitions d’affilée récompense le travail du staff. Mais il y a une différence entre le dernier carré et la première marche. Il faut un ensemble d’éléments pour aller au bout d’une compétition, bien gérer les corps et les âmes. Olivier a pris le risque de faire tourner l’an passé et il a tenu cette philosophie jusqu’en finale.

À quel moment as-tu senti que les joueuses avaient pris possession de leur préparation physique ?
Lors du stage organisé à Capbreton en juin 2017. C’était la fin de la saison et il n’y avait pas de compétition majeure pendant l’été. Pourtant, le travail effectué avait été de grande qualité. J’avais notamment été surpris par le rythme mis sur les footings.
À partir du mois d’août 2017, nous avons mis en place un suivi hebdomadaire : les internationales communiquent leurs heures de Handball, de musculation, de course à pied et de temps de jeu. Toutes les données sont compilées et lorsque la préparation a débuté le 18 novembre dernier, Sébastien Gardillou disposait des indicateurs. Ainsi, nous pouvons adapter les volumes de travail, mettre des filles au repos. Pendant la compétition, j’effectue aussi le suivi de temps de jeu des autres équipes, joueuse par joueuse.

Comment se présente cette dernière semaine de l’EHF EURO 2018 ?
Le planning est calé jusqu’au 16 décembre. Je ne suis pas seulement cantonné à la préparation physique de l’équipe, j’occupe d’autres fonctions avec la responsabilité des plannings et de l’animation, avec l’assistance de Philippe Rajau. Le cadre général est fixé mais la démarche est participative avec la prise en compte des besoins et des demandes. Depuis 2016, la philosophie est d’être au service des joueuses, de les aider à bien se préparer. Nous entrons dans le money-time de la compétition, il faut donner tous les moyens à l’athlète de performer.


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