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  • #Entretien du Lundi - Pierre Sébastien : « Le risque de blessure est évident »

Médecin de l’équipe de France masculine depuis l’automne 2004, Pierre Sébastien confie son plaisir à évoluer au sein du staff de l’équipe de France. Il évoque l’évolution de la pratique médicale dans le milieu du handball.

Comment l’aventure dans le handball a-t-elle débuté ?
Ma fille jouait pour le club de Blagnac, en N2, et l’une de ses coéquipières s’est blessée. Ma fille m’a fait signe afin que je descende des tribunes pour la soigner. Un dirigeant du club m’a ensuite demandé de rester pour le match suivant, avec l’équipe masculine, au cas où…

L’équipe de France est encore assez éloignée à ce moment-là, non ?
Nous sommes au début des années 2000 et je collaborais avec la fédération de Roller-Skating basée à Bordeaux. Dans ce cadre-là, j’avais croisé René Vernet, CTS handball de la région. Nous sympathisons et il me glisse que le Toulouse HB (aujourd’hui Fenix Toulouse), n’avait plus de médecin. Mon cabinet est implanté à Toulouse et c’est ainsi que j’ai rencontré Alain Dupuy et Pierre Birac. Dès la saison 2001-2002, j’ai suivi l’équipe première.

Claude Onesta est nommé entraineur de l’équipe de France au premier trimestre 2001...
Je ne connais pas Claude à cette période. C’est plus tard que nous avons sympathisé. Mon investissement dans le Handball s’est concrétisé en 2004. Après la naissance de la LNH, les médecins des clubs professionnels étaient réunis et peut-être le fait que je m’exprime plus fort que d’autres, je me suis retrouvé président de la commission médicale de la LNH.

Et c’est alors que Claude Onesta te contacte…
Au retour des J.O. d’Athènes, le docteur Roattino ne peut pas se rendre à la World Cup en Suède. Je me souviens exactement du moment où Claude m’a appelé pour me proposer d’effectuer une pige. Je me relevais de l’opération d’une hernie discale et je n’ai pas hésité. Si j’ose, c’était comme demander à un aveugle, s’il veut voir. Le contact avec le staff et les joueurs est bien passé et je suis revenu…

Comment l’équipe médicale a-t-elle pris place progressivement dans le staff de l’équipe de France ?
Il faut remettre l’église au centre du village. Dans une fédération ce sont les aspects sportifs et la performance qui comptent. Le staff médical est venu s’agréger pour créer une synergie d’actions. À commencer par le soin, notre cœur de métier, et la prévention. Au fil des années, la salle de soins est devenue une espèce de sanctuaire où les entraineurs passent finalement assez peu. Les joueurs viennent en soin et ils expriment aussi leur bonheur ou leur colère. Ils prennent soin de leur corps, leur outil de travail.

L’action ne s’est pas limitée aux seuls rassemblements de l’équipe de France…
Claude Onesta souhaitait tisser des relations avec les clubs au moment où ces derniers se structuraient. Il était nécessaire, voire indispensable, d’échanger pendant la saison afin d’assurer le suivi des internationaux. À cette époque, beaucoup de joueurs évoluaient à l’étranger, en particulier en Allemagne. Nous avons visité Magdebourg, Hambourg, Gummersbach…

La période post-Pékin 2008 a aussi marqué un tournant…
Avec Gérard Juin, la structuration du service médical s’est accélérée avec des moyens accrus sur les équipes de France A puis déclinée sur les équipes de France jeunes. Concrètement, nous avons formé les accompagnants de ces équipes.

Le suivi des internationaux s’est intensifié mais pas seulement. Quelles sont les actions mises en place après Londres 2012 ?
Dans le suivi des espoirs fédéraux, repérés par entraineurs, l’aspect médical a pris toute sa place. Là aussi, nous avons effectué le tour des clubs où ces « pépites » étaient en formation. Aujourd’hui, nous retrouvons des garçons tels que Nedim Remili, Ludovic Fabregas, Dika Mem et Melvyn Richardson. Ce maillage est intensifié aujourd’hui avec la nouvelle génération d’espoirs fédéraux ciblés pour intégrer potentiellement France A

En quoi le Maison du Handball répond-elle au suivi médical des équipes de France ?

Avec la Maison du Handball, nous avons trouvé le graal. Les différents intervenants ont été sollicités en amont de la conception de la MDH. Il faut d’abord se réjouir d’avoir été interrogés et associés et surtout les moyens offerts correspondent exactement à nos demandes.

Le deuxième Congrès de la Médecine du Handball organisé par Gérard Juin à la Maison du Handball a été un franc succès…
C’est notre nouveau défi : notre pêché était de bien travailler mais de ne jamais le dire, notamment de ne pas croiser nos savoirs, avec autres sports ou les autres fédérations de handball. Avec la MDH, nous avons désormais le luxe d’organiser un congrès dans nos murs. C’est fondamental, car en médecine la formation continue n’est pas un vain mot. NI l’EHF, ni l’IHF, n’ont intégré la dimension médicale dans leur organisation. Nous devons encore franchir une étape, celle de la publication de nos travaux.

Es-tu conscient d’occuper une place privilégiée avec ton collègue kinésithérapeute sur le banc de l’équipe de France ?
Franchement, je suis le plus heureux des hommes d’être assis à cet endroit-là. Il m’arrive d’être absorbé par le match mais j’essaie de freiner mon enthousiasme et de me concentrer. Je dois bien observer qu’un joueur n’est pas touché et, le cas échéant, donner l’information au coach. Comme les joueurs, nous avons notre routine avec la préparation de la mallette où chaque chose est bien rangée à sa place car parfois il faut régir en 10 secondes. En somme, être aussi performants.

En quoi le planning du championnat du monde très dense met-il en danger l’intégrité physique des joueurs ?
On a l’impression de reculer de 15 ans à une époque où les matches s’enchaînaient. Puis nous avions obtenu qu’un jour de repos soit intercalé entre chaque match. Aujourd’hui, avec en plus l’engagement physique qui est supérieur et la vitesse du jeu, le risque de blessure est évident. Les joueurs ont besoin de plus de temps de récupération.

Tu collabores depuis trois ans maintenant avec le duo Dinart - Gille. Quelle relation entretiennent-t-ils avec l’équipe médicale ?
Ils sont très à l’écoute. Ils nous font confiance. Didier et Guillaume sont issus du sérail et ils connaissent l’importance de la récupération. Il n’est pas nécessaire de les convaincre que le sommeil est, par exemple, un paramètre essentiel pour bien récupérer.

Et avec les joueurs ?
Le rapport de confiance doit exister. C’est pourquoi je revendique la place du médecin généraliste, capable de s’adapter au patient, « du bébé au pépé », si j’ose dire. L’empathie existe et nous ne sommes pas bloqués sur une spécialité. Les petits jeunes qui arrivent en équipe de France sont déjà de grands professionnels qui ont intégré la nécessité de se soigner et de la prévention. Dans le handball la relation est facilitée car, en général, nous avons affaire à des gens bien élevés et intelligents.



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