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ENTRETIEN DU LUNDI - Philippe Bana : « on a dû rendre fiers nos pères »

Huit jours après le 6e sacre de l’équipe de France, Philippe Bana est l’invité de l’Entretien du Lundi. Le Directeur Technique National de la FFHandball a vécu l’intégralité de l’aventure avec les champions du monde.

Comment avez-vous accueilli cette victoire ? Est-ce un soulagement ?
C’est plutôt un véritable exploit car disputer un Mondial chez soi est, quel que soit le sport, un écueil à surmonter, une épreuve intime ou tu te retrouves seul avec toi-même. Donc non ce n’est pas un soulagement car nous n’avons plus peur depuis fort longtemps, tellement nous passons notre temps à surfer sur l’impossible depuis 20 ans. Nous avions surtout déjà vécu le chemin avec des anciens joueurs et cadres qui avaient vu le film en 2001 et qui connaissaient les pièges ; c’est aussi le saut réussi pour le Handball sur le tremplin de cet événement magnifiquement organisé. Enfin et surtout, le plaisir d’avoir offert cela aux licenciés, aux clubs, à tous ceux qui aiment ce sport et qui sont sortis fiers d’être handballeurs. Franchement à Lille, c’est tout ce qu’il y avait autour des matches qui rendait fier d’un hand ambitieux. Pour nous qui prenions des raclées avec Claude Onesta il y a 30 ans, on a pensé à nos formateurs qui nous avaient mis là-dedans ; on s’est dit : « Putain on a dû rendre fiers nos pères, ils ne nous ont pas gueulé dessus pour rien. »

Quels ont été les facteurs clefs de cette performance ?
La prise de risque de poursuivre le changement d’encadrement, au pire moment avec un Mondial à domicile ; celle des coaches d’avoir changé et adapté les plans, de n’avoir pas eu peur de prendre des risques quand ça allait mal. La détermination des joueurs tout au long de la compétition. Des joueurs bien brieffés par ceux qui étaient déjà là en 2001 pour parler du Mondial. Ils n’ont jamais douté, n’ont jamais subi la pression. Ils ont été mentalement très au-dessus de l’événement.

Si vous deviez raconter un moment clef de ce Mondial ?
Ce moment, c’est la mi-temps du match contre la Suède. Nous sommes rentrés au vestiaire tête basse. Tout le monde sait que c’est une finale avant la lettre et on subit, on doute, on est moyen. Là les anciens tiennent tout de suite la baraque. Au moment où le silence est pesant, Nikola Karabatic prend la parole pour dire : « Pourquoi on baisse la tête ? Il n’y a aucune raison. Ne vous laissez pas aller. Relevez la tête. On va y arriver ! » Là, nous étions au fond et on a poussé pour remonter à la surface.

Et une image ?
L’image, c’est celle de Lille. Après avoir rêvé de ces grandes salles il y a 6 ans lorsqu’on a débuté le projet avec Joël Delplanque, la vivre en réalité avec l’impression que notre sport avance d’un coup. Il y a eu aussi tous ces événements périphériques réussis : le colloque médical, l’Ecole Internationale des entraîneurs qui a marqué les esprits, le Mondialito magnifiquement conduit et le Handensemble que nous avons fait découvrir à l’AccorHotels Aréna. Toutes nos promesses de candidature ont été réalisées…

Quel sera l’impact du Mondial et de la victoire des Bleus sur le développement du Handball en France ?
Chaque événement est un tremplin vers le futur ; un tremplin de licenciés pour atteindre les 600.000. On a donné envie à tous de venir jouer avec nous. Le Mondial a reflété l’image d’un sport convivial, proche et dynamique. Notre développement, ce n’est plus sur les plans médiatique et économique qu’il faut l’accentuer. Nous disposons aujourd’hui d’une offre de Handball complète, des petits jusqu’aux seniors. Franchement si tu es un media ou une entreprise, tu peux te dire aujourd’hui que le Handball est un vrai diesel du temps, une marque pleine de valeurs et de résultats.

Quelle est votre analyse des forces en présence : le retour de la Suède, le podium de la Norvège et de la Slovénie… Et la faillite des favoris tels que l’Allemagne, le Danemark et l’Espagne ?
J’avais pensé que le Championnat du monde planifié juste après les J.O. puisse donner des surprises : la fatigue des meilleurs, les trois événements consécutifs en 13 mois… Mais à ce point là… Franchement, non. Juste après l’élimination du Danemark et de l’Allemagne, l’IHF a immédiatement décidé d’étudier une alternative aux 1/8 ou aux 1/4 de finale jugés trop dangereux pour les grands surtout avec la perspective du Mondial organisé au Danemark et en Allemagne. Et franchement, les grands ont pris certains adversaires par dessous la jambe ! Le Handball Norvégien a définitivement gagné ses galons de nation d’avenir avec sa jeunesse rayonnante. La Golden League est une épreuve très relevée en garçons et en filles avec le Danemark, la Norvège et la France ! La Slovénie a montré la force de son école de formation. Avec un retour en force d’une équipe jeune qui va prendre date, la Suède n’a pas été assez bien récompensée dans ce Mondial.

Comment Guillaume et Didier ont-ils pris leurs marques… À quel moment avez-vous senti qu’ils maîtrisaient le chemin vers la victoire ?
Ils étaient sereins et déterminés. Didier et Guillaume savaient qu’on réglerait tout autour et qu’ils pouvaient s’investir dans la bagarre sportive sans s’inquiéter du périphérique, des médias… Didier a assumé avec courage et brio les décisions lourdes, combattant, sûr de lui. Guillaume a agi brillamment sur les joueurs de manière fine : il a été remarquable d’intelligence de positionnement en représentant le grand frère honnête droit et porteurs de principes justes. Ils représentent un équilibre fort qui est vital dans le pendule de l’équipe de France.
Le chemin de la victoire s’éclaire quand les rotations commencent, quand on voit que tout le monde doit s’y mettre et que les coaches ont le courage d’aller au bout. L’équipe de France est une propriété collective, elle appartient à tout le monde. En renforçant le staff, on a solidifié et mieux réparti la tâche même si des anciens nous quittent : que dire du parcours de grands cadres de ce sport comme Michel Barbot et Alain Quintallet ?

Avez-vous été surpris par le management avec les rotations, des choix audacieux…
Non, car ce sont des gens qui ont vécu des matches couperets toute leur vie, comme joueurs et comme cadres. Donc prendre des risques faisait partie de leur projet. Ils étaient configurés comme des guerriers. C’est un bon moment qu’on n’avait pas su gérer à l’Euro et aux J.O. Nous avons appris de nos échecs.

Vous avez suivi toute la préparation et la compétition : comment les garçons ont-ils vécu leur isolement et le Mondial en France ?
Dés le début, ils étaient déterminés. Ils ont été très au dessus du Mondial et de la pression. Ils étaient sûrs d’eux. L’isolement dans des hôtels était sympa. Les joueurs nous demandaient pourquoi on leur avait fourni parfois des chambres individuelles. Si nous sommes sortis des hangars à athlètes des Mondiaux précédents, cette fois le wifi ne fonctionnait jamais, le réseau du téléphone pas souvent… Du coup, on  a parlé, fait des apéros avec les joueurs, fêté les anniversaires, regardé les matches ensemble. C’était simple et convivial, comme le Hand.

Quel a été le rôle pendant la compétition de Claude Onesta et quelle sera sa position à l’avenir ?
Il a pris de la distance dans un rôle de gestion et d’accompagnement en se concentrant sur la gestion des medias, des partenaires, en délivrant son avis, en échangeant des mots avec quelques joueurs.     Il a fait ce qu’il avait dit qu’il ferait, comme d’habitude. C’était essentiel pour que Guillaume et Didier aient la latitude de se concentrer sur le sportif : ils ont été soulagés de cette périphérie étouffante. Claude est essentiel au devenir de la FFHandball et il doit être impérativement un ambassadeur fort du haut niveau, de notre secteur économique  où il a déjà beaucoup apporté. Il doit rester un garant de l’excellence et surtout nous aider au développement économique autour de la Maison du Handball. Il a été courageux de faire cette transmission qui n’était pas simple pour lui. Il voulait éviter les ruptures qu’il a connues lui-même. Claude est un type hors norme et un très grand du sport français.

Quel est l’avenir de cette équipe entre l’intégration des jeunes, le devenir des anciens dans la perspective des J.O. de Tokyo 2020 ?
Cette équipe n’a pas de limite autre que celle de sa volonté de rester en haut de la vague. Elle développe une culture « All bleu blanc rouge »  comme la culture « All blacks »  du rugby : transmettre, éduquer, partager, donner aux suivants les valeurs et culture pour se renouveler. Les joueurs et les coaches passent mais la marque Hand bleu blanc rouge reste, immuable. Comme les anciens, les jeunes ne vont pas vouloir redescendre du toit du monde. On a une bonne vue d’en haut…

Avec les résultats de l’équipe de France féminine, la FFHandball n’occupe t’elle pas la première place des sports collectifs en France et même au delà ?
Nous ne sommes pas dans un concours de bons points mais dans une histoire singulière de chaque sport. Avec notre championnat français qui est le meilleur du monde, il est vrai que par exemple nous ne subissons, pas comme dans le rugby, l’absence de joueurs formés localement. Nous n’avons pas comme au basket, la NBA senior et junior sur le dos qui vont abîmer les équipes de France dans les années à venir. Bien sûr que personne au monde ne possède ce palmarès groupé, cette obsession de réussir. Mais il faut rester humble. Nous venons de nulle part et nous pouvons y retourner facilement si on devient hautain et orgueilleux. Restons nous-mêmes, toujours bleus mais un peu plus fiers.

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